Les gens normaux ont des portraits de famille ou des photos de paysages dans leur salon. Certains ont des peintures de Van Gogh chez eux, d’autres ont des Adornetto. Moi, j’ai des chartes. Moins excitant, han?
Ça fait un boutte que j’ai une Charte Canadienne des Droits et Libertés que j’ai commandée gratuitement auprès du Gouvernement, accrochée sur mon mur de chambre, ainsi qu’un poster géant de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que j’avais acheté sur le site du CMHR (personne ne m’a sponsorisé pour dire ça)… mais il me manquait quelque chose. Peut-être un autre document empreint de libertés et d’humanité?
Ça faisait déjà un moment que je me demandais pourquoi Québec ne célèbre pas sa Charte Québécoise des Droits et Libertés de la Personne comme le fait Ottawa? En fait… pourquoi on n’honore pas du tout notre (quasi-)constitution, au Québec? La très populaire et très liberty-loving CAQ promet d’en écrire une nouvelle, mais on ignore déjà trop l’actuelle. À Ottawa, ça célèbre la Charte Canadienne et la fait apprendre aux immigrants ; à Québec, ça amende discrètement la Charte Québécoise, avec une majorité simple de l’Assemblée nationale, sous bâillon. C’est triste.
Chiâler quant à l’absence d’une jolie petite version certificat à encadrer sur Twitter (désolé du deadnaming) provoque des réactions diamétralement opposées : d’un côté, certains souverainistes disent que c’est une charte trop canadian, trop libérale, trop individualiste… de l’autre côté, certains fédéralistes disent que la Charte Québécoise n’a aucune valeur, car «trop faible» et trop facilement amendable. Et ils ont peut-être, tous deux, un peu raison.
Mais n’est-ce pas ça, la beauté de la liberté? N’est-il pas beau de voir que ce désir universel et naturel polarise, en société? Peut-être qu’il est vrai que la Charte Québécoise est «trop faible», mais elle n’est aussi forte que notre amour pour ce qu’elle représente. Si nous l’oublions, elle meurt dans les ténèbres ; si nous l’honorons, elle éblouit de sa brillance. Respectons tellement la Charte que les gouvernements présents et futurs auront peur de l’amender sans notre consentement. Nos droits sont nos acquis naturels ; ils ne sont pas des privilèges temporaires, octroyés selon la bonne volonté du Premier Ministre, ni une monnaie d’échange pour notre servitude envers l’État.
Mais, alors, comment faire pour honorer ce symbole de libération? Et si on commençait par avoir une version iconique de celle-ci? Sans même avoir à la lire, tout le monde reconnaît la Charte Canadienne, avec le drapeau et le Parlement au milieu. Pourquoi est-ce si difficile d’avoir l’équivalent au Québec? Pourtant, il existe une version minutieusement et joliment écrite à la main, ornée de la signature symbolique de René Lévesque, datant de 1983 (vous remarquerez qu’il y avait quelques fautes d’orthographe, dont à «philanthropique» et «Une programme», mais ça fait son charme). C’est une jolie Charte, avec un format intelligemment compacté, pour contenir un texte aussi complexe et riche.
Le problème est que cette version n’est qu’une image dans laquelle il est impossible de chercher le texte par les moyens numériques modernes, et que l’écriture manuscrite ― bien qu’impressionnante ― est parfois difficile à lire, surtout imprimée dans un cadre de 11″ x 14″ sur le mur.
Alors, j’ai demandé à ChatGPT de me retranscrire cette photo de la Charte afin que j’en fasse un joli document PDF et que je l’accroche sur mon mur… et ChatGPT a plutôt décidé de me gaslighter, en me sortant les versions récemment amendées par mononc’ Legault, plutôt que celle sur l’image. Alors, j’ai passé la nuit à retranscrire manuellement la Charte, en tentant de rester le plus fidèle à son texte d’origine (j’ai gardé le «philantropique»). J’ai fait quelques relectures, mais il est fort probable qu’il y ait quelques erreurs de retranscription, écrivez-moi si vous en remarquez.
Finalement, j’ai décidé de jouer un petit peu avec le formatage du document : tout en gardant la disposition générale, j’ai décidé d’essayer d’y mettre une police d’écriture plus propre, afin de lui donner cet aura quasi-légal. Mais bon… j’ai aussi fait une autre version qui fait plus «script» à la main, avec un fini faux-vieilli, pour ceux qui veulent un style plus pseudo-authentique.
Pour ma part, j’ai décidé d’accrocher la version modernisée sur mon mur de salon. Elle est jolie, mais maintenant je ne sais pas quoi encadrer en dessous. Peut-être, un jour, je trouverai une jolie version style «certificat» de la Charte montréalaise des droits et responsabilités… ou peut-être que je la créerai moi-même, qui sait…? 😉